Histoire environnementale 5
- Gratuit, sur réservation
Le symposium Histoire environnementale, pour sa cinquième édition, examine les intrications entre les humains et le monde naturel, en accordant une attention particulière au rôle des acteurs non humains dans les récits historiques et contemporains. Sous le titre Machines mythologiques, cette édition interroge la fabrique des mythes comme cadre critique pour comprendre comment les histoires environnementales se produisent, se transmettent et se transforment.
Le mythe n’est pas un résidu du passé, ni une fiction opposée au savoir. Il travaille : il structure les affects, oriente les corps, organise les relations entre territoires, espèces, techniques et formes de pouvoir. Il rend certaines visions du monde habitables – et d’autres impensables. Il définit les limites de ce qui peut être imaginé ou contesté.
Face aux crises écologiques qui s’intensifient, les frontières qui séparaient autrefois nature et culture, agentivité humaine et force environnementale, processus historique et condition planétaire, semblent se dérober. Cette instabilité exige un regard renouvelé sur les systèmes de sens à travers lesquels les milieux sont compris, gouvernés, exploités, protégés ou reconfigurés.
Machines mythologiques interroge la fabrique des mythes comme processus actif – non comme corpus figé de récits hérités. Comment les mythes se construisent, circulent, s’adaptent, s’instrumentalisent. Comment les imaginaires technologiques contemporains, les discours écologiques et les formations politiques engendrent de nouveaux récits sur l’avenir de la Terre, le statut du vivant, l’agentivité des acteurs humains et non humains.
Plutôt qu’une cartographie exhaustive, le symposium se concentre sur ce que les mythes font : comment ils mobilisent les affects, déplacent les possibles, rendent certaines formes d’action environnementale pensables tout en en limitant d’autres. Comment ils traduisent la transformation écologique en sens culturel, politique, historique. Comment ils persistent, mutent ou s’effondrent.
Réunissant chercheur·euses, artistes et penseur·euses, ce symposium place la fabrique des mythes au cœur de l’histoire environnementale – comme une force à la fois matérielle et conceptuelle qui participe à l’écriture d’histoires, de mondes et de futurs.
Informations pratiques
À noter : certaines conférences se tiendront en français, d'autres en anglais.
Un système de traduction simultanée sera mis à disposition des participant·es.
Histoire Environnementale 5
Programme
- Événement gratuit
- Réservation obligatoire pour chaque créneau / session
- Certaines conférences se tiendront en français, d'autres en anglais.
Un système de traduction simultanée sera mis à disposition des participant·es.
Vendredi 29 mai 2026
- 18h00 : Mot d'accueil
- 18h15 : Conférence et discussion
L'invention des déchets urbains
Avec Sabine Barles, urbaniste, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et Lionel Devlieger, architecte-ingénieur et historien, RotorDC, université de Ghent
- 19h00 : Performance sonore (live)
Le voile d’Orphée
Par Christelle Oyiri, artiste et DJ
Pour cette 5e édition d’Histoire environnementale, Christelle Oyiri propose une réinterprétation live de la pièce sonore Le Voile d’Orphée (1953) de Pierre Henry, œuvre emblématique de l’histoire de la musique concrète. La performance prend la forme d’un live conçu en dialogue étroit avec les figures mythologiques qui traversent le symposium. À partir de cette composition historique, Christelle Oyiri propose une nouvelle activation de l’œuvre, attentive à ses résonances contemporaines. La performance s’inscrit dans la continuité de ses recherches autour du son, de l’image et des cultures contre-hégémoniques contemporaines et ouvre un espace d’écoute où se croisent mémoire et transformation.
Samedi 30 mai 2026
Matinée
-
Visites commentées du Magasin Électrique
10h00 (en français) 11h00 (en anglais)
Cette visite commentée menée par les architectes de l’agence BC architects & studies propose une exploration du Magasin Électrique, un ancien bâtiment du Parc des Ateliers réhabilité en collaboration avec Atelier LUMA et Assemble.
Pensé comme un terrain d’expérimentation, le bâtiment réunit architecture, artisanat, recherche et design autour de matériaux naturels et de modes de construction durables. Il accueille aujourd’hui les bureaux, ateliers et espaces de recherche d’Atelier LUMA.
Samedi 30 mai 2026
Après-midi
- 14h00 : Introduction
Avec Grégory Quenet, historien, UVSQ et université Paris-Saclay - 14h30 : Présentation
Temps du rêve, temps du mythe
Par Nastassja Martin, anthropologue, EHESS - 14h45 : Présentation
Éteignez les lumières, écoutez la rivière
Par Gabriela Carneiro da Cunha, artiste et metteuse en scène - 15h00 : Discussion
Avec Nastassja Martin, anthropologue, EHESS, Gabriela Carneiro da Cunha, artiste et metteuse en scène, modérée par Martin Guinard, curateur, LUMA Arles - 15h30 : Conférence et discussion
Témoins de l'eau : infrastructures mythologiques
Par Nida Sinnokrot, artiste - 16h15 : Pause
- 16h30 : Présentation
Impérialisme réticulaire : IA et technofascisme
Avec Norman Ajari, philosophe et auteur - 16h45 : Présentation
Vectofascisme
Avec Grégory Chatonsky, artiste - 17h00 : Discussion
Avec Norman Ajari, philosophe et auteur, Grégory Chatonsky, artiste, modérée par Salma Mochtari, chargé de recherche, LUMA Arles - 17h30 : Projection du film Leviathan (2012)
Par Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor - 18h45 : Discussion
Avec Verena Paravel, artiste et cinéaste, et Vassilis Oikonomopoulos, directeur artistique, LUMA Arles
Dimanche 31 mai 2026
Matinée
- 10h00 : Conférence et discussion
La préhistoire des mythes : Quand la science remonte le fil du temps
Avec Julien d'Huy, historien et mythologue, Collège de France - 10h45 : Présentation
Le nom de Gaïa
Par Déborah Bucchi, enseignante-chercheuse en littératures comparées, université de Lorraine - 11h00 : Présentation
La Terre à fleur de peau
Par Jeanne Etelain, philosophe, École supérieure des beaux-arts de Montpellier - 11h15 : Discussion
Avec Déborah Bucchi, enseignante-chercheuse en littératures comparées, université de Lorraine, Jeanne Etelain, philosophe, École supérieure des beaux-arts de Montpellier, modérée par Martin Guinard, curateur, LUMA Arles - 11h45 : Pause
- 12h00 : Présentation
Mami Wata : Itérations mythologiques
Par Josèfa Ntjam, artiste - 12h15 : Présentation
Le mythe au service du réel
Par Wilfried N'Sondé, écrivain et musicien - 12h30 : Discussion
Avec Josèfa Ntjam, artiste, Wilfried N'Sondé, écrivain et musicien, modérée par Martin Guinard, curateur, LUMA Arles
Dimanche 31 mai 2026
Après-midi
- 14h30 : Projection du court-métrage Le songe des chevaux sauvages (1960)
Par Denys Colomb de Daunant et Albert Lamorisse, cinéastes
Introduit par Florian Colomb de Daunant, manadier - 14h45 : Discussion et projections
De la Camargue au "désert" tunisien : Comment le western et la science-fiction façonnent les territoires et leurs imaginaires
Par Fredj Moussa, artiste et réalisateur, et Corentin Laplanche Tsutsui, artiste et cinéaste, avec Vincent Giovannoni, conservateur général, Mucem, modérée par Salma Mochtari, chargé de recherche, LUMA Arles - 15h30 : Présentation
Rêves de modernité et de divin : Les rythmes incertains de la vie avec les noix au Kirghizistan méridional
Par Rachel Kay, doctorante en anthropologie sociale, université de Cambridge - 15h45 : Présentation
Domaines surréels : Risques et investissements dans la zone d'extraction malaisienne
Par Alfonse Chiu, éditeur·ice, Rockbund Art Museum, et directeur·ice, Centre for Urban Mythologies - 16h00 : Discussion
Avec Rachel Kay, doctorante en anthropologie sociale, université de Cambridge, Alfonse Chiu, éditeur·ice, Rockbund Art Museum, et directeur·ice, Centre for Urban Mythologies, modérée par Martin Guinard, curateur, LUMA Arles - 16h15 : Lecture de poésie
All We Have Been Gifted Must Be Given Back [Tout ce qui nous a été offert doit être rendu]
Par Brother Portrait, poète et écrivain
Norman Ajari
Norman Ajari est philosophe, spécialisé dans la théorie critique de la race, la philosophie sociale et politique, et l’histoire de la pensée noire francophone et anglophone. Il a enseigné à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, à l’université Villanova de Philadelphie et à l’université d’Édimbourg. Il est membre du bureau exécutif de la Fondation Frantz Fanon.
Ses travaux explorent les dimensions éthiques et politiques de la condition noire dans la modernité, à travers une pensée à la fois rigoureusement philosophique et engagée dans les débats contemporains sur la race, la violence et la décolonisation. Il a écrit La Dignité ou la mort : Éthique et politique de la race (La Découverte, 2019) ; Noirceur : Race, genre, classe et pessimisme dans la pensée africaine-américaine au XXIe siècle (Divergences, 2022) ; Où commence le racisme ? (avec Marylin Maeso, Philosophie magazine Éditeur, 2023) ; et Le Manifeste afro-décolonial : Le rêve oublié de la politique radicale noire (Seuil, 2024). Son dernier ouvrage, Technofascisme : Le nouveau rêve de la suprématie blanche (Météores, 2026), analyse l’idéologie archéofuturiste du projet de restauration d’une suprématie raciale et économique dans la Silicon Valley.
Sabine Barles
Sabine Barles est professeure d’urbanisme et d’aménagement à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheuse à l’UMR Géographie-cités, où elle a dirigé l’équipe CRIA.
Ses recherches portent sur l’histoire des techniques et de l’environnement urbain, avec une attention particulière pour le métabolisme urbain et l’écologie territoriale. Ses travaux, ancrés dans une perspective historique, interrogent la constitution du régime socioécologique dominant et les enjeux de la transition.
Sabine Barles a conçu des méthodologies innovantes pour quantifier le métabolisme urbain et évaluer les empreintes environnementales des territoires. Elle a contribué à des exercices de prospective territoriale, notamment pour le bassin de la Seine et l’agglomération parisienne. Reconnue pour son ouvrage L’invention des déchets urbains : France 1790-1970 (2005), elle a récemment rédigé des chapitres dans Mondes postcapitalistes (2026) et Dictionnaire critique de l’anthropocène (2020), ainsi que des articles dans la Revue d’Économie Régionale & Urbaine et Flux.
Laurens Bekemans
Laurens Bekemans est architecte et cofondateur de BC architects & studies, entité de recherche à but non lucratif et laboratoire de matériaux installé à Bruxelles, ainsi que, plus récemment, de BC materials, société minière urbaine qui réutilise les débris de construction. BC signifie Brussels Cooperation et illustre la façon dont l’agence s’est enracinée dans un lieu et dans l’esprit de ses habitants. Créé en 2012 en tant que bureau hybride, BC repousse les limites de l’architecture de manière pragmatique. Avec trois entités juridiques différentes, l’équipe s’engage dans une variété de projets expérimentaux à travers lesquels elle conçoit une architecture biorégionale et circulaire, étudie les processus éducatifs et de construction, et produit de nouveaux matériaux en utilisant des flux de déchets locaux, telle la terre excavée.
Déborah Bucchi
Gabriela Carneiro da Cunha
Gabriela Carneiro da Cunha est une artiste brésilienne qui travaille à la croisée de la performance, de la mise en scène, de la recherche et de l’activisme environnemental. Au cours de la dernière décennie, elle a conçu Margins Project : On Rivers, Buiúnas, and Fireflies [Projet Marges : Fleuves, buiúnas et lucioles], un projet à long terme consacré à l’écoute et à la diffusion des témoignages sur les fleuves brésiliens touchés par des catastrophes environnementales. Cette recherche s’appuie sur une réflexion autour de l’Anthropocène, compris comme le « moment où les humains cessent de craindre la catastrophe et deviennent la catastrophe elle-même ». À ce jour, le projet s’est intéressé à trois fleuves – l’Araguaia, le Xingu et le Tapajós – et a donné lieu à des performances théâtrales, des ateliers, des publications, et à la création de Rede Buiúnas, un réseau de femmes, artistes et militantes, autour des fleuves et de l’art.
Ses œuvres ont été présentées dans de grands festivals internationaux, en coproduction avec le théâtre Vidy-Lausanne, notamment au Festival d’Automne et au Kunstenfestivaldesarts. Au cinéma, elle a produit Edna (2021) et Urihi (2026), et coréalisé The Falling Sky (2024), présenté en avant-première à la Quinzaine des cinéastes à Cannes.
Grégory Chatonsky
Grégory Chatonsky est artiste. Sa pratique interroge les relations entre êtres humains et technologies. En 1994, il fonde incident.net, une plate-forme dédiée au Net.art. Son travail s’articule autour des concepts de flux, de mémoire et d’extinction, explorant la matérialité numérique sous forme de débris ou de traces.
Dès 2009, il intègre l’intelligence artificielle à sa démarche pour produire des fictions sans narration et des « imaginaires artificiels ». Ses recherches l’ont conduit à diriger des séminaires à l’ENS et à conseiller le ministère de la Culture et la CEE sur l’impact de l’IA générative.
Ses œuvres ont été présentées dans des institutions comme le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo et le MOCA Taipei. Elles figurent dans plusieurs collections publiques (CNAP, FRAC, BnF, Hubei). Parallèlement à sa création, il a enseigné au Fresnoy, à l’EUR-ArTeC et à l’UQAM, et codirige actuellement l’institut du Féral.
Alfonse Chiu
Alfonse Chiu est un·e historien·ne de l’architecture, designer et curateur·ice. À travers les modalités de l’exposition, de la publication, des programmes publics et de la performance, la pratique de Chiu cherche à identifier comment les systèmes de pouvoir et de savoir se manifestent à travers la production et la circulation des cultures visuelles, matérielles et spatiales, structurant ainsi les définitions sociales de la valeur, de la propriété et du désir. Son travail se concentre sur la ceinture du Pacifique, avec un accent particulier sur l’Asie de l’Est et du Sud-Est.
Alfonse Chiu a été boursier·ère du journal e-flux à l’automne 2021, lauréat·e de la première cohorte du Young Climate Prize en 2023, et boursier·ère de la plateforme européenne d’architecture LINA en 2025. De nombreuses institutions lui ont commandé des textes, dont l’Asian Film Archive, l’Arsenal Filminstitut, la Tbilisi Architecture Biennial, la Sharjah Architecture Triennial, le Nieuwe Instituut, Yale School of Art and Architecture, le Nasher Sculpture Center, ainsi que les pavillons de Singapour et des Philippines lors des 59e et 61e Biennales de Venise.
Chiu est titulaire d’un Master en design environnemental de la Yale School of Architecture, où iel anime également le Tropical Studies Working Group, soutenu par le Yale Whitney Humanities Center. Actuellement, Chiu est rédacteur·rice en chef du Rockbund Art Museum à Shanghai, et dirige également le Centre for Urban Mythologies (CUM), un studio de recherche et une plateforme para-institutionnelle dédiée à la pratique spatiale et curatoriale critique.
Lionel Devlieger
Lionel Devlieger est ingénieur-architecte et historien. Il a cofondé Rotor, organisation bruxelloise spécialisée dans l’étude de la culture matérielle actuelle.
Rotor encourage le débat sur les questions liées aux ressources, aux déchets et à l’obsolescence dans le secteur du bâtiment par le biais de projets de recherche, d’expositions, de conférences et de publications. Rotor coordonne également des opérations de démantèlement à grande échelle, collabore à des projets architecturaux et réalise des projets de design.
Lionel Devlieger a enseigné dans des universités en Europe et aux États-Unis (UC Berkeley, TU Delft, Columbia, AA School of Architecture). En 2018, il a coécrit Déconstruction et réemploi, manuel de référence sur la réutilisation des éléments de construction. Il a également fait paraître, avec Arne Vande Capelle, Stijn Colon et James Westcott, Ad Hoc Baroque : Marcel Raymaekers’ Salvage Architecture in Postwar Belgium (2023). Depuis septembre 2021, il est professeur associé au département d’architecture et d’urbanisme de l’université de Gand, où il enseigne, entre autres, l’histoire de la conception circulaire et les écologies modernes de la construction.
Jeanne Etelain
Jeanne Etelain est philosophe et professeure à l’école des beaux-arts de Montpellier et chercheuse associée à l’université Paris-Nanterre. Formée aux universités de New York et de Paris-Nanterre à la philosophie française contemporaine, ses recherches portent sur la philosophie de l’espace, de la Terre et de l’écologie dans une perspective de renouvellement de la métaphysique informée par les épistémologies féministes et décoloniales. Outre la publication de nombreux chapitres d’ouvrages et articles universitaires, elle est l’autrice de Zones : Terre, sexes et science-fiction (Flammarion, 2025) et a dirigé Ce que les féminismes font à la métaphysique : Anthologie des nouveaux matérialismes (PUF, 2026). Elle poursuit également des activités d’édition et de traduction, notamment au sein de son engagement dans le comité exécutif de la revue Les Temps qui restent.
Vincent Giovannoni
Vincent Giovannoni est conservateur général au musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) à Marseille. Afin de consacrer sa vie entière aux questions qui lui semblent essentielles, il a fait le choix d’étudier l’anthropologie et de voyager. Titulaire d’un doctorat, il a longtemps travaillé comme ethnologue en Méditerranée, en Amérique du Sud et en Afrique. Au retour de cette longue expérience, il lui tient à cœur d’aider à préserver la beauté du monde, y compris dans ses formes les plus modestes.
Dans le monde contemporain, la simple et parfaite imperfection des choses n’est souvent plus valorisée ailleurs que dans les musées d’ethnographie. Pour lui, il s’agit de transmettre ce regard attentionné que nous devons porter aux objets les plus humbles, en ce qu’ils sont les ultimes témoins de l’impermanence de nos vies. Il a été commissaire de l’exposition « En piste ! Clowns, pitres et saltimbanques » (Mucem, 2024-2025).
Julien d’Huy
Julien d’Huy est historien et mythologue, affilié au Laboratoire d’anthropologie sociale (CNRS / Collège de France / EHESS / EPHE). Spécialiste de mythologie comparée, il consacre ses travaux à l’application de méthodes phylogénétiques à l’étude des mythes, une approche qu’il désigne sous le terme de phylomythologie.
Ses recherches visent à reconstituer l’histoire évolutive des récits mythologiques en empruntant à la biologie évolutive ses outils de construction d’arbres généalogiques, permettant d’identifier des ancêtres communs à des mythes issus de traditions culturelles distinctes et géographiquement éloignées. Cette méthode articule des données mythologiques, archéologiques, artistiques et linguistiques.
Il est notamment l’auteur de Cosmogonies : La Préhistoire des mythes (La Découverte, 2020) ; L’Aube des mythes : Quand les premiers Sapiens parlaient de l’Au-delà (La Découverte, 2023), et de Dragon : Généalogie mondiale d’un mythe (Armand Colin, 2025), qui rend compte de plus de dix ans de recherches sur les figures dragonesques à travers le monde.
Rachel Kay
Rachel Kay est doctorante en anthropologie sociale à l’université de Cambridge, dont la thèse est financée par le Conseil britannique de la recherche économique et sociale (ESRC). Ses recherches portent sur les expériences de l’incertitude et du temps chez les négociants en noix d’Asie centrale, et se consacrent à la manière dont celles-ci sont façonnées par l’évolution des économies politiques et des écologies. Dans le cadre de ce projet, elle a mené une enquête ethnographique à long terme auprès de personnes impliquées dans le commerce transnational de noix provenant des forêts de la région de Jalal-Abad, au Kirghizistan. Elle s’intéresse à ce que signifie vivre avec des plantes ambiguës, et aborde cette question en mettant l’accent méthodologique sur la vie émotionnelle.
Corentin Laplanche Tsutsui
Corentin Laplanche Tsutsui a étudié à l’EnsAD (Paris) et à la China Academy of Arts (Hangzhou). En 2019, il s’installe à Marseille pour un doctorat en recherche-création (ENSP-AMU). Entre 2021 et 2023, il est artiste résident d’Artagon Marseille. Il est lauréat de l’AIC de la DRAC PACA (2022), de la Fondation des artistes (2024) et de Mécènes du Sud (2025).
Sa pratique est un composite d’arts visuels (films, installations, photo-objets, textes). Elle s’inscrit dans le champ de la recherche-création, et convoque des approches théoriques qu’il mêle à des expériences intimes. Il participe à une réflexion contemporaine sur l’habitabilité des villes globales et leurs politiques spatiales. Ses projets proposent des récits à la fois historiques et spéculatifs, à travers une narration spatiale et matérielle. Avec Fredj Moussa, il poursuit depuis 2024 un projet qui aborde les territoires en tant que productions culturelles.
Nastassja Martin
Nastassja Martin est anthropologue, titulaire de la chaire de professeur·e junior « Habitabilité de la Terre et transitions justes » (ISJPS, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2023-2026). Formée à l’EHESS sous la direction de Philippe Descola, elle a consacré sa thèse aux Gwich’in, chasseur·euses-cueilleur·euses du nord-est de l’Alaska, à l’origine de son premier essai, Les Âmes sauvages : Face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska (La Découverte, 2016).
Ses recherches développent une anthropologie comparée des réponses aux crises environnementales, attentive aux cosmologies autochtones subarctiques. Après l’Alaska, elle a enquêté chez les Even du Kamtchatka, dont les modes d’existence ont été recomposés par la colonisation soviétique puis l’extractivisme contemporain. Ce travail a donné À l’est des rêves : Réponses even aux crises systémiques (La Découverte, 2022), où rêves performatifs et récits mythiques dialoguent avec logiques coloniales et dérèglement écologique, ou encore Croire aux fauves (Verticales, 2019).
Sa chaire actuelle prolonge ces recherches, notamment via une enquête sur l’hydrogène vert au Chili.
Fredj Moussa
Fredj Moussa a étudié au Fresnoy – Studio national des arts contemporains de 2021 à 2023. En 2024, il est résident à la Villa Médicis à Rome.
Sa pratique se situe à la croisée du film et de la sculpture. Il crée des paysages où la fiction devient un mode de résistance. À travers des vidéos et des costumes fabriqués à partir de matériaux de récupération, il conçoit des récits spéculatifs qui brouillent les frontières entre document et mythe.
Les œuvres de Fredj Moussa ont été présentées, entre autres, à la B7L9 Art Station à Tunis, la galerie Selebe Yoon à Dakar, et la Biennale de Berlin. En 2023, il reçoit le prix CIFRA à LOOP Barcelona et, en 2025, le prix du meilleur film documentaire expérimental au festival de Ji.hlava (IDFF).
Wilfried N'Sondé
Wilfried N’Sondé est écrivain, dramaturge et musicien. Il est né en 1968 à Brazzaville et a grandi en banlieue parisienne après l’installation de sa famille en France en 1973. Après des études en sciences politiques, il s’installe à Berlin, où il devient travailleur social.
En 2007, il publie Le Cœur des enfants léopards, son premier roman, qui remporte plusieurs prix littéraires. Parmi ses œuvres majeures figurent Un océan, deux mers, trois continents (2018), lauréat de douze prix littéraires, Femme du ciel et des tempêtes (2021) et Héliosphéra, fille des abysses (2022) – autant de récits engagés explorant l’identité, l’altérité et la préservation du vivant.
Son écriture, à la fois profonde et humaniste, fait de lui une figure majeure de la littérature contemporaine.
Josèfa Ntjam
Josèfa Ntjam est une artiste, performeuse et écrivaine dont la pratique allie sculpture, photomontage, film et son. Collectant la matière première de son travail sur Internet, dans des livres sur les sciences naturelles et dans des archives photographiques, elle utilise l’assemblage – d’images, de mots, de sons et d’histoires – comme méthode pour déconstruire les grands récits qui sous-tendent les discours hégémoniques sur l’origine, l’identité et la race.
Parmi ses expositions personnelles, citons « swell of spæc(i)es », événement collatéral officiel de la 60e exposition internationale d’art – Biennale de Venise, commandée par la Fondation LAS ; « Une cosmogonie des océans », LVMH Métiers d’Art (Paris) ; « Futuristic Ancestry », Fotografiska (New York, Berlin, Stockholm, Tallinn) ; et « matter gone wild », Fondation Pernod Ricard (Paris).
En 2026, elle figure parmi les artistes nommé·es au prix Marcel-Duchamp, qui donnera lieu à une exposition au musée d’Art moderne de Paris en octobre, en collaboration avec le Centre Pompidou.
Christelle Oyiri
Christelle Oyiri est une artiste, journaliste et productrice/DJ (sous le pseudonyme CRYSTALLMESS) installée à Paris. Elle a commencé sa carrière en tant que journaliste pour Vice, The Guardian, The Fader et Brain Magazine, où elle couvrait la musique et la culture, notamment le grime. Alliant cinéma, musique, performance et sculpture, son travail radicalement interdisciplinaire aborde les thèmes de l’aliénation et des temporalités alternatives. En tant que DJ et productrice, son style éclectique s’étend du zouk au dancehall, en passant par la techno de Détroit et l’afro-trance. Face à l’effacement délibéré des récits en marge du canon dominant, Christelle Oyiri cherche des informations entre les lignes. Ses recherches se concentrent sur les tonalités, les textures et le langage visuel de la musique, de l’art, de la culture populaire et des cultures jeunes au sein et en dehors de la diaspora africaine.
Son travail a été exposé dans des institutions telles que le Centre Pompidou et Lafayette Anticipations (Paris), Tramway (Glasgow), la galerie Auto Italia (Londres), Los Angeles Nomadic Division (Los Angeles), Gladstone Gallery (New York), l’Espace Arlaud (Lausanne) et Ars Electronica (Autriche).
Verena Paravel
Verena Paravel a été en résidence à LUMA Arles de septembre à décembre 2025.
Verena Paravel (née en 1971 à Neuchâtel, Suisse) est une cinéaste, artiste et anthropologue française. Interrogeant les limites de la perception, sa pratique explore les mondes humains et plus-qu’humains à travers de nouvelles formes esthétiques, politiques et sensorielles de l’image et du son. À la croisée de l’expérimentation cinématographique et des recherches ethnographiques, écologiques et philosophiques, elle crée des œuvres immersives qui remettent en question les cadres conventionnels.
Ses films ont été présentés dans de grands festivals internationaux, notamment à Cannes, Venise, Berlin, Locarno, Toronto et au New York Film Festival. Ses œuvres Foreign Parts (2010, avec J.P. Sniadecki), Leviathan (2012), Caniba (2017), Somniloquies (2018) et De Humani Corporis Fabrica (2022), réalisées avec Lucien Castaing-Taylor, ont été largement saluées par la critique pour leur radicalité formelle et ont reçu de nombreuses distinctions.
Ses œuvres filmiques ont été exposées dans des institutions prestigieuses telles que le MoMA (New York), la Tate Modern (Londres), le Whitney Museum of American Art, les Biennales de Venise et de Shanghai, la Documenta 14 (Athènes/Kassel) ou encore l’Okayama Art Summit.
Depuis 2006, Paravel est associée au Sensory Ethnography Lab de l’Université Harvard, où elle enseigne et développe des pratiques cinématographiques collaboratives fondées sur la recherche. Elle a été enseignante invitée à Harvard, à Sciences Po (Paris), au Fresnoy – Studio national des arts contemporains (France), ainsi qu’à l’ECAL (Suisse).
brother portrait
brother portrait est un artiste et écrivain sierra-léonais né à Londres, souvent habité par : la mémoire et les objets comme réceptacles ; la façon dont l'espace et le lieu nous façonnent ; l'autorité et les limites des mots ; le langage de l'art et du corps ; le mouvement et la mémoire ; la cartographie et ; le rêve de liberté. Ses préoccupations trouvent forme dans la poésie, l'écriture de voyage, les récits et la chanson.
Il explore en ce moment la transmission du savoir par le chant, la poésie, la danse, la narration participative et d'autres formes performatives. Comment s'y trouvent encodées des épistémologies, des ontologies, des philosophies et des cosmologies. On l'entend souvent scander « libération écologique totale », vivant selon une politique de libération qui place au premier plan la protection et la garde du vivant et de tout ce qui le soutient. Elle est nécessairement décoloniale, féministe, anti-impériale, écologiquement restauratrice, collaborative et mutuellement solidaire.
Toujours en train d'apprendre, il demeure novice, naïf, plein d'émerveillement – et grandit à rebours.
Grégory Quenet
Grégory Quenet est un des pionniers de l’histoire environnementale et des humanités environnementales en France. Depuis 2012, il est professeur en histoire environnementale à l’université Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines (Paris-Saclay). Fondateur du portail français des humanités environnementales, il a organisé le VIIIᵉ congrès de la European Society for Environmental History à Versailles en 2015. Depuis sa création en 2024, il codirige le département de recherche Humanités environnementales du Collège des Bernardins, où il a été titulaire de la chaire Laudato si’ : Pour une nouvelle exploration de la Terre de 2021 à 2023. Son dernier ouvrage, Histoire de la pensée écologique, est paru aux Presses universitaires de France en mai 2025. Depuis 2021, il est conseiller scientifique du programme Histoire environnementale à LUMA Arles.
Nida Sinnokrot
Nida Sinnokrot est artiste et enseignant. Son travail explore la manière dont diverses formes de pouvoir et de biais s’inscrivent dans les structures narratives dominantes et dans les représentations du temps et de l’espace qui en découlent. Travaillant à la croisée du cinéma, de la vidéo, de la photographie, de la sculpture, de l’installation et de l’agriculture, Nida met en lumière diverses technologies de contrôle qui sont à l’origine d’instabilités sociales, politiques et environnementales changeantes. Nida est cofondateur de Sakiya – Art | Science | Agriculture, un programme international de résidence et une plateforme de recherche en Palestine, et professeur associée au sein du programme Art, Culture and Technology (ACT) du MIT à Cambridge, dans le Massachusetts.
Images des précédentes éditions
© Victor & Simon / Grégoire d'Ablon

